Tourisme dentaire, voyage à risque

Le tourisme dentaire attire chaque année des milliers de patients. Mais si les prix pratiqués donnent le sourire, les conditions cliniques laissent parfois à désirer.

Un implant discount, ça vous dit? L'an dernier, 25 000 Français ont franchi le cap, et opté pour les nouveaux paradis dentaires. Hongrie, Roumanie, Espagne, Maroc... Depuis que la Sécurité sociale française s'est désengagée des traitements prothétiques, dans les années 1980, ces pays attirent une patientèle désireuse de belles dents à moindre coût. Mais attention, votre voyage comporte quelques risques... 

 

Coûts divisés par trois

La Hongrie reste en tête des destinations du tourisme dentaire, avec 1547 dossiers recensés par le Centre National des Soins à l'Etranger (CNSE) en 2011. Les opérations consistent, pour la plupart, en des soins assez lourds (implantologie et prothèses). A Budapest, des cabinets spécialisés ont émergé au cours des dernières années, avec du matériel dernier cri, des patriciens formés en Allemagne, et des sites Internet vitrines. 

En France, la pose d'un implant coûte en moyenne entre 1000 et 1500 euros - en Hongrie, vous débourserez deux à trois fois moins. Selon Jean-Patrick Druo, secrétaire général de l'Association Dentaire Française (ADF), "la qualité des dentistes hongrois n'est pas à remettre en cause". En réalité, les prix cassés s'expliquent par des prothèses à faible coût, sur lesquelles les dentistes prennent beaucoup moins de marges que leurs confrères français. 

Face à cette concurrence des pays étrangers, des centres spécialisés dans les opérations prothétiques -les plus rentables-ont vu le jour sur le territoire français. Dans ces établissements, les soins remboursés par la Sécurité sociale (caries, extraction de dents...) sont relégués au second plan. En revanche, vous vous ferez poser une couronne, un bridge ou un implant pour une bouchée de pain, ou presque, et en un temps record. 

 

Trop rapide pour être vrai

Mais il vaut mieux se renseigner "avant de céder aux sirènes du low cost", prévient Jean-Patrick Druo. Lors de leur congrès annuel, les dentistes de l'ADF ont tiré la sonnette d'alarme: santé publique et dentition discount ne font pas bon ménage. "Souvent, les praticien exécutent des soins lourds, dans un laps de temps très court." Vite fait, bien fait? Pas vraiment. "Le temps de cicatrisation n'est pas toujours respecté, pour des questions de rentabilité." Difficile de concilier rapidité, sécurité, et qualité. Et il ne s'agit pas seulement de prodiguer un soin; le suivi post-opérationnel constitue une étape essentielle. Or, à 2000 kilomètres de vous, une fois le chèque encaissé, votre dentiste aura vite fait de vous oublier. 

En outre, en cas de pépin (rejet de l'implant, infection...), les patients sortent du circuit français: les litiges se traitent devant les instances judiciaires du pays en question. Bien souvent, les modalités de la couverture responsabilité civile du dentiste sont mal explicitées. Se retourner contre lui s'avère très difficile. 

 

Précautions

Si toutefois, vous avez pris votre décision, et vous apprêtez à acheter votre billet pour Budapest, gardez en tête quelques conseils. Calculez bien les coûts globaux de l'opération (hébergement, allers-retours en avion, consultations...). Exigez de connaître la provenance des produits utilisés lors de l'opération ainsi que le suivi proposé par les praticiens après les soins. Renseignez-vous sur la couverture civile de votre dentiste, demandez-en les détails dans votre langue. Et sachez que si la situation dégénère, ce sera oeil pour oeil, dent pour dent... 

 

Source : www.lexpress.fr

Article rédigé par le praticien le 25/01/2013